La Saga des Babayagas (histoire rédigée par un groupe de fondatrices)
1997
Thérèse écrit d’un jet son appel « Aux armes citoyennes » pour vivre en solidarité et en citoyenneté. Dès ce moment, l’autogestion, la solidarité et la citoyenneté sont données comme les piliers de ce projet.
1998
En février, elle soumet son projet à Jean-Pierre Brard, alors Maire de Montreuil, qui lui envoie une lettre d’encouragement.
1999
En mai, création de l’Association « La Maison des Babayagas ». Mais cette même année, Thérèse crée la Maison des Femmes de Montreuil qui la sollicite beaucoup. Autre projet, bien réalisé lui, qui lui demandera énergie et pugnacité. Le projet Babayaga reste en veilleuse.
Vers la fin 2001
Rencontres à plusieurs reprises des trois pionnières, Thérèse, Monique et Suzanne : dès le début, s’assurer d’être d’accord sur l’essentiel. Relance de l’Association – La Maison des Babayagas –, indispensable pour exister en tant que personne morale.
2002
Premiers contacts, amies, inconnues ayant trouvé un dépliant, ayant entendu parler par d’autres du projet ; ébauche du groupe. Des réponses intéressées, voire enthousiastes ; mais ... se lancer dans l’aventure, apprivoiser sa vieillesse prochaine, on peut hésiter ; on hésite. Pas de découragement ; le chemin sera long, mais combien passionnant !
A la rentrée de septembre
Rencontre avec Jean-Pierre Brard, et quelques-uns de ses collaborateurs, puis avec le directeur de l’OPHM, J-L Bonabeau.
Prise de contact avec MVE (Maîtrisez Votre Energie), alors régie de deux villes (Montreuil et Vincennes) pour l’évaluation des qualités du bâti des projets de constructions ; d’autres rencontres suivront, qui nous permettront de nous familiariser avec ces problèmes.
Décembre
Rencontre avec Paulette Guinchard-Kunstler, députée du Doubs, ancienne Secrétaire d’Etat pour les personnes âgées du gouvernement Jospin, qui a initié l’APA ; elle aussi, très intéressée, nous donne quelques pistes de contacts ...
2003
Premier semestre
ébauche par le trio d’un Cahier des Charges dessinant la maison souhaitée ;
premier jet d’un texte essayant de concrétiser les aspirations de vie commune : « VIVRE ENSEMBLE ». Il connaîtra de nombreuses versions, au fil de notre réflexion et de l’enrichissement du groupe. Nous présentons ces travaux dans nos rencontres avec les Élus, et à l’OPHM.
Eté 2003
La canicule, ses 15 000 morts, des vieux, trop souvent seuls ; on croyait pourtant que tout était bien en place : soins à domicile, maisons de retraite ... La France rentre de vacances un peu sonnée ! Sans doute, ce choc va-t-il faire écho à nos propres questions ?
Septembre
Oui ! Le Conseil Municipal, lors de sa réunion de rentrée, vote à l’unanimité la mise à disposition à l’OPHM de deux parcelles rue de la Convention, soit 586m2 en plein centre ville, pour permettre « la concrétisation du projet Babayaga, qui sera réalisé par le biais de l’Office HLM de Montreuil, avec la construction de 25 à 30 studios pour femmes âgées ».
Automne 2003 : la presse s’intéresse aux babayagas
Les suites de la canicule déclenchent l’intérêt de plusieurs journalistes, presse spécialisée et grand public, en particulier en septembre Le Monde, et en octobre La Vie. D’autres suivront, ainsi que des interventions radio et télé. Cet intérêt perdure en 2009-2010, lié à la prise de conscience de plus en plus aiguë du problème du vieillissement de la population. On ne le dit pas encore à voix haute (ça viendra !) « mais, tous ces vieux, qu’est-ce qu’on va en faire ? ». Nous enrichissons notre press-book, précieux pour se présenter. En 2009, il est riche de plus de 40 titres ! Et puis, rencontres de personnes intéressées à impulser une telle initiative dans leur région : La Rochelle, Brest, etc. Première recherche de subventions pour le lancement du projet : il faut bien quelques fonds pour faire fonctionner l’Association (matériel, timbres, tirage, voyage, ...)
Et les babayagas ??? Au fil de nos rencontres, quelques femmes nous rejoignent, s’éloignent ; les trois pionnières se sentent parfois bien seules. Et pourtant, nous y croyons !
2004
Début de l’année 2004
Nous obtenons une subvention de 10 000 euros de la Fondation de France, comme « aide à projet ». Manne bienvenue dans notre maigre escarcelle. Le travail avec l’OPHM s’intensifie : rencontres, affinement du cahier des charges ...
Mars
Jury du choix de l’architecte après appel à projet de l’OPHM. Nous participons toutes trois à ce jury où nous disposons de ... deux voix. L’atelier Tabet sera retenu. Nous sommes très satisfaites de ce choix.
Avril
Nous sentons le besoin d’aide à la rédaction des textes : adaptation des statuts, convention entre l’association, la ville et l’OPHM, Charte qui liera les babayagas. Mise en contact avec une association spécialisée dans de tels accompagnements. Après signature d’une convention entre les deux associations (ADRESSE et MAISON DES BABAYAGAS) se met en place un travail très régulier avec Dominique Binzenbach (DB) et Jean-Patrick Abelsohn (J-PA) qui accompagnent la réflexion et participent aux rencontres avec les divers partenaires. Aide très précieuse, indispensable même au cheminement du projet. C’est la subvention de la Fondation de France qui permet de bénéficier de cet
accompagnement.
Deuxième AG de l’Association, qui compte une cinquantaine de membres, dont la plupart sont des sympathisants. Mais nous sommes de fait toujours bien seulettes, sans que notre détermination soit le moins du monde entamée.
Durant cette année, l’OPHM commence la recherche de financements et travaille sur la formule juridico-administrative à retenir. Il est évoqué le projet de convention – cadre entre la Ville et l’Association : il nous est demandé de faire des propositions.
Au cours de l’année, 9 séances de travail avec nos partenaires Ville et / ou OPHM ont permis d’affiner les points de vue.
2005
Enfin, quelques babayagas viennent étoffer le groupe ... Elles sont toujours des nôtres en 2010. Nous instaurons des repas mensuels, à la Maison des Femmes de Montreuil, pour mieux faire connaissance autour d’une table. Petit à petit, prise en charge de ces repas par des duos tournants. Ces rencontres sont la première étape de la constitution du groupe de futures résidentes. Elles ne permettent pas des réflexions très approfondies, mais plutôt la circulation d’un courant de sympathie. Toutefois, au fil des mois, certaines se détachent comme plus actives, participent aux réunions avec les divers partenaires. Il reste que la constitution d’un réel groupe de personnes bien décidées à franchir le pas de ce projet de vie est une œuvre de longue haleine. Ne pas se fier aux premiers enthousiasmes (voilà une maison de retraite sympa !) et être attentives à un réel engagement ...
Et toujours, travail d’élaboration ....
L’architecte, Samy Tabet, remet à l’OPHM les plans et une maquette de la future maison ; l’Association a un double de ces documents, précieux pour la réflexion avec les nouvelles compagnes, comme dans les divers rencontres, colloques, auxquels il est très important de
participer.
Voyages et participation à des colloques divers. Sentiment de répondre à des aspirations qui trouvent en ce projet une amorce de réponse ; nombreux appels, contacts, on nous applaudit, on nous demande comment faire. Parfois, on nous demande s’il reste encore une place, et si tout de même, il y a bien tout le confort nécessaire ... Non, vous n’avez pas tout à fait compris, il faut bouger, se battre, convaincre, ce n’est pas livré clés en mains. Alors venez nous rejoindre ...
Juin à Décembre 2005
Amorce d’un travail plus soutenu avec la Ville et l’OPHM.
Le service Études-Habitat prend en charge le dossier pour « l’habiller » en vue de la présentation aux divers financeurs. Plusieurs autres rencontres suivront – 7 séances dans l’année 2005 -, qui nous font entrer dans le vif du sujet ; bon travail de collaboration. Nous précisons ainsi notre « VIVRE ENSEMBLE ». Il nous est demandé de dessiner un projet pérenne sur 30 ans : nous sommes un peu surprises mais, après tout, c’est plutôt bon signe !
Les recherches de financement par l’OPHM continuent, pour soumettre le projet à l'approbation des élus et pour déposer le permis de construire. Le Conseil Général du 93 a élaboré un schéma en faveur de la population âgée de la Seine-Saint-Denis, dont les attendus philosophiques et politiques vont tout à fait dans le sens de la démarche des babayagas. Idem pour le Conseil Régional d’Ile de France. Des rencontres permettent d’envisager le bouclage d’un plan de financement. Celui-ci concernerait des subventions de l’Etat (DDTE), du Conseil Régional, du Conseil Général, de la CNAV, et des emprunts divers de l’OPHM couverts par la Ville de Montreuil.
Les babayagas se renforcent ...
... à Montreuil
Encore des venues et départs, mais nous sommes une petite dizaine qui nous rencontrons régulièrement, dont la plupart sont toujours présentes en 2010 aux divers repas et réunions. ... et en Bourgogne. Pour mieux nous découvrir, nous inaugurons des séjours d’une semaine, trois fois dans l’année. La ville de Montreuil nous accueille, en période creuse, dans les locaux de vacances des écoles maternelles, à Saint-Bris-le-Vineux, où les gardiens du lieu nous réservent un accueil chaleureux. Nous y prendrons nos habitudes : repas goûteux, balades dans les vignes, échanges. Amorce fort précieuse du « Vivre Ensemble », pour éprouver nos projets.
L’œil de la caméra
Jean-Marc La Rocca, cinéaste documentariste, a commencé cette année-là avec nous un travail qui se poursuit : filmer l’aventure des ces vieilles femmes pugnaces qui ne veulent pas que leurs dernières années, leurs derniers jours, leurs derniers soupirs leur soient volés. Projet qu’Agat Film, tout aussi pugnace, cherche à produire.
Depuis, Jean-Marc est le compagnon discret, fidèle, des repas, des voyages, des réunions de travail, des rencontres avec les partenaires (il sait convaincre et franchir les portes). La caméra n’émeut plus les babayagas.
2006
Début de l’année
Pour permettre le montage du plan de financement, un Comité de pilotage qui comprend tous les partenaires potentiels – Conseil Général, DDE, CNAV, Élus et services de la Ville, OPHM –, et l’Association (avec bien sûr les fidèles DB et J-PA) est organisé en février 2006. L’orientation est la suivante, sans que la structure juridique soit encore précisée (établissement ? quel type ? simple logement social ?) :
chacune des 19 résidentes serait locataire de l’OPHM pour son propre habitat : loyers variables selon l’échelle des revenus, échelle qui permet un réel brassage, ceci grâce à des emprunts diversifiés de l’OPHM selon les niveaux de revenus, définis par les règles d’attribution des habitats sociaux.
l’Association serait locataire des locaux collectifs, chargée de les gérer et de les animer. Ceux-ci seront tout à la fois le lieu d’habitat des résidentes pour leur vie ensemble, et ouverts sur le quartier pour des activités diverses, ateliers ludiques, culturels ou d’entretien de la personne.
Et surtout, activités sous forme espérons-nous d’Université Populaire, autour de la problématique du vieillissement : rencontres, formations, organisation de colloques ... Thérèse a dessiné un projet d’université populaire UNIversité des Savoirs des VIEux (UNISAVIE), qui retient vivement l’attention des divers partenaires.
Nous avons également pu obtenir des subventions privées pour l’implantation au rez-de chaussée d’un petit bassin de balnéothérapie pour maintenir les carcasses des babayagas en assez bon état.
Ça semble se dessiner, mais il n’y a pas d’engagement ferme des partenaires autres que la Ville. Cependant le travail continue avec nos partenaires – 5 séances de travail -, y compris avec le CCAS. La formule juridico-administrative n’est toujours pas vraiment fixée.
Été 2006 : les babayagas prennent la plume
Dans le prolongement des rencontres qui réunissent les babayagas, nous avons amorcé un travail d’approfondissement de nos textes : il s’avérait nécessaire de travailler à la rédaction de statuts mieux adaptés à notre association et surtout à celle de la Charte de Vie de la Maison des Babayagas.
Nous nous réunissons à une dizaine à plusieurs reprises, avec l’aide de nos deux conseils d’ADRESSE, pour élaborer ces documents, qui seront nos textes de références. Travail passionnant qui a permis de sentir le groupe tout à la fois s’étendre et se souder. Ces textes ont été soumis au vote d’une Assemblée Générale Extraordinaire en septembre 2006 ; acceptée par nos partenaires, Ville et OPHM, la Charte est le fondement de notre vivre ensemble.
Septembre 2006
La demande de permis de construire avait été déposée par l’OPHM aux services de la Ville en août 2006.
Nous nous sentons presque au seuil du début des travaux ; lors d’une réunion de travail avec le Service Étude-Habitat, il était prévu un nouveau Comité de Pilotage en Novembre, pour parvenir à accorder tous les éventuels financeurs. Le début des travaux est évoqué pour mars 2007, et la livraison courant 2008 !
Puis ....
Nos appels, nos relances, se heurtent au silence. Ainsi jusqu’à la fin de l’année.
Pour soutenir la dynamique, nous avions à l’automne envisagé l’organisation d’un colloque sur les divers aspects du vieillissement. Il se tiendra en mars 2007.
2007
Février
Lors d’une réunion avec les Élus et les services de la Ville nous apprenons que le Conseil Général du 93 avait opposé un refus au projet. Cette instance étant le chef d’orchestre des politiques en direction de la population âgée, sa décision bloque toutes les autres subventions envisagées.
Pourquoi ? « discrimination du fait d’un habitat réservé à des seules femmes vieillissantes, cooptation, pas de prévision de la perte d’autonomie » : nous n’entrons pas dans le schéma directeur du 93 !
Bref, nous n’entrons dans aucune case. Et ...
Pas de case ... pas de sous !!!
Nous sommes, l’espace de quelques jours, anéanties !
Mars 2007 : le colloque Peur de l’âge, Fleur de l’âge
Fort heureusement, la préparation du Colloque nous mobilise, et nous décidons d’en faire un moment fort de la lutte pour réussir notre projet, d’autant que de partout nous arrivent encouragements, demandes de renseignements pour impulser d’autres réalisations.
Beaucoup ont sans doute en souvenir la pose de première pierre de colère, en mars 2007, lors de notre colloque « Peur de l’âge, Fleur de l’âge », suite au refus du Conseil Général du 93 de prendre en compte notre projet.
Colloque qui réunit de nombreux intervenants, une centaine d’assistants, et au cours duquel la Ville de Montreuil, et en particulier J-P Brard, ont réaffirmé leur attachement à ce projet. Les raisons invoquées apparaissaient bien médiocres, face à la sympathie exprimée de partout pour notre initiative. Nombreux sont ceux, hommes et femmes – certains très jeunes, d’autres bien vieux – qui l’ont manifestée, signant la pétition de soutien, signatures qui nous ont fait bien chaud au cœur ! Encore merci !
Ici et là, d’autres projets vont fleurir, portés par celles et ceux qui veulent assumer une vieillesse responsable, solidaire et citoyenne. Tous nous disent que c’est bien la Maison des Babayagas qui a déclenché leur propre dynamique.
Printemps ... Été 2007
Les réunions continuent cependant avec les divers partenaires de la Ville – une dizaine de réunions cette année-là –; mais les mêmes butées nous donnent l’impression de piétiner. L’antienne se décline sur tous les tons, sans que nous trouvions d’échappatoires :
Pas de case ... pas de sous !!!
Décembre 2007 : la Ministre du Logement nous reçoit
Afin de sortir de cette situation bloquée J-P Brard, nous obtient un rendez-vous avec Christine Boutin, Ministre du Logement et pour soutenir notre projet nous y accompagne.
Présentation, échanges ; la ministre a vite compris : il ne s’agit pas d’un établissement, il faut envisager de simples logements sociaux. Elle fera organiser une rencontre du Bureau de l’Association avec un membre de son Cabinet et une personne de la DDE du 93.
Et nous, les Babas, sommes toujours là !
En effet, amorcé en 2002, notre groupe réunit depuis, compte tenu de départs et d’arrivées annuels – une cinquantaine en tout – une bonne quinzaine de personnes, qui participent régulièrement aux rencontres, repas mensuels, séjours d’une semaine à St Bris le Vineux, groupes de travail, entre nous comme avec les divers partenaires, manifestations de la vie montreuilloise auxquelles nous sommes présentes. Et sorties, théâtre, balades amicales au gré des affinités qui se dessinent. La Vie quoi !
Pour la troisième fois, la réception de fin d’année qui nous réunit avec nos proches témoigne de cette vitalité.
2008
Janvier
La seconde rencontre au ministère dessine une voie : un programme HLM ne peut être destiné à une seule catégorie de personnes (sinon on se retrouve dans le piège établissement) ; il faut donc que l’OPHM prévoie un programme dont la Maison des Babayagas sera une partie.
Puis, la campagne des municipales s’ouvrant, les choses restent en suspens.
Mars 2008 : élections municipales
Elles amènent à Montreuil une nouvelle majorité, et Dominique Voynet devient Maire. Elle avait fait savoir pendant la campagne son intérêt pour le projet Babayagas qu’elle s’était engagée à soutenir en cas de victoire.
Nous sommes en attente...
Eté ... Automne 2008
Dès Mai 2008, première rencontre avec le nouveau Directeur de l’OPHM, J-P Bléry ; l’orientation qu’il donne au projet va dans le sens de celle dessinée par la ministre. Puis rencontres avec des membres du Cabinet de la Maire, avec l’élue en charge des personnes âgées. Et avec le directeur adjoint du Cabinet de la Maire, qui pilotera le dossier. Reprise du travail avec l’architecte, S Tabet.
Au regard de l’actualité, qui fait valser des tourbillons de milliards, aurons-nous enfin les crédits qui nous permettent de mettre en œuvre un lieu de vieillesse solidaire et citoyenne ?
Y aura-t-il enfin une « case » pour ce projet tant vanté par les professionnels, si attendu par tant de ceux qui abordent leur vieillesse ?
2009
Le travail régulier avec la Ville, l’OPHM, parfois l’architecte, se poursuit.
De mai 2008 à décembre 2009, 12 réunions de travail auxquelles participent très largement le groupe des babayagas, ont permis de préciser le statut du futur projet :
logement sociaux pour l’habitat dont chacun-e est locataire ; 20 babayagas et 4 jeunes en insertion d’habitat en seront locataires.
en rez-de-chaussée, locaux collectifs, bien séparés des lieux de résidence (entrées différentes sur la rue), dont l’Association serait locataire.
Le texte de la Convention tri-partite Ville, OPHM, Association est finalisé après 3 séances de travail commun et une réflexion soutenue au sein de l’association. Il reste à procéder à la signature conjointe des trois partenaires.
Notre Charte a subi quelques adaptations rédactionnelles, lui permettant d’être un texte s’imposant officiellement aux futur-e-s habitant-e-s de la maison, pour soumettre une candidature à la commission d’attribution.
Le plan de financement se dessine ; des accords sont donnés en particulier par la Région et l’État ; la Ville de Montreuil et l’OPHM manifestent très fortement leur soutien par leur participation financière.
11 décembre 2009 : Table Ronde
Elle est organisée pour donner de l’écho à ce travail d’élaboration en commun.
Thérèse Clerc, retrace cette histoire si vivante des babayagas de Montreuil.
Dominique Voynet, Maire de Montreuil, affirme à nouveau la volonté de la Ville de mener à bien ce projet d’innovation sociale. Francine Bavay, Vice-Présidente du Conseil Régional IdF, témoigne de l’importance de l’innovation sociale, pour faire évoluer les politiques publiques, permettant de faire surgir les fameuses « cases » nouvelles qui permettent de la soutenir.
Le Directeur de l’OPHM, et l’architecte, explicitent les aspects techniques et administratifs de ce montage, en insistant sur l’extrême richesse, pour eux aussi, d’un travail en commun avec les porteuses du projet.
Patrick Viveret, philosophe, expose une analyse de notre monde, dont les pulsions et crises retentissent et s’expriment dans le mal être des femmes et des hommes qui le vivent, et combien il est urgent de penser l’organisation sociale et politique en prenant en compte ce mal être, ce à quoi un projet comme celui des babayagas tend à répondre. Car... notre
groupe est bien vivant ...
... malgré les difficultés et lenteurs, ce qui nous convainc que la route qu’ensemble nous traçons répond bien à notre attente.
Ici et là, d’autres projets vont fleurir, portés par celles et ceux qui veulent assumer une vieillesse responsable, solidaire et citoyenne. Nous échangeons nos expériences par mail – quel précieux outil – ou lors de rencontres. Vous qui débutez, surtout n’abandonnez pas ; la route est rude, mais le parcours passionnant, et l’enjeu majeur.
En 2010, nous sommes une quinzaine à l’image des femmes retraitées d’aujourd’hui ; une petite dizaine bénéficient de pensions correctes – loin tout de même des 2500 / 3000 euros mensuels de coût des maisons de retraite médicalisées à Paris, établissements vantés dans les revues pour retraités au lifting avantageux – ; cinq/six à qui la vie n’a permis d’accéder qu’à de médiocres revenus (en-dessous des 60% du plafond de revenus pour l’attribution des logements HLM) pour affronter leurs vieux jours.
Et, c’est toutes ensembles que nous voulons vivre dans notre Maison !
La demande de permis de construire, à nouveau déposée en Mairie, a été accordée en avril : étape ô combien attendue ! Enfin ... les babayagas entrent dans les murs en 2012.
Septembre 2011, 13 babayagas démissionnent du projet pour divergences avec Thérèse Clerc. 3 babayagas restent avec Thérèse. D’autres rencontres, échanges essentiels pour nous, qui signe l’amorce des travaux pour les prochains mois, sans doute cet automne.... discussions marquent les avancées de la réalisation. La recherche de nouvelles babayagas commence...
Octobre 2011, pose de la première pierre, en présence de Mme Voynet, maire de Montreuil. La maison se construit....
D’autres babayagas viennent rejoindre Thérèse au fil des mois. Beaucoup de femmes sont intéressées par le projet, mais peu osent tenter l’aventure et s’engager. Certaines poursuivent, d’autres partent après quelques mois...
Octobre 2012, les premières babayagas emménagent dans leurs appartements.
Combien sommes-nous heureuses de compter tous ceux et celles qui nous ont fait confiance et nous ont soutenues, parmi les Ami-e-s qui viennent partager le bonheur de nous rejoindre.
28 février 2013, inauguration de la Maison des Babayagas.
Mars 2014, création de l’association UNISAVIE des Babayagas.
25 juin 2015, un nouveau bureau a été mis en place avec 3 habitantes et 3 personnes extérieures à la maison. Mina est élue présidente de l’association. L’objectifde cette nouvelle gouvernance est de donner à l’association des moyens pour créer dans et autour de la Maison des Babayagas du vivre ensemble, pour construire du lien social avec les plus très jeunes, les moins vieilles, moins vieux et les jeunes ... du quartier, de la ville et pour établir avec les créatifs culturels de Montreuil les ponts nécessaires à l’incarnation de ce projet. Thérèse Clerc devient présidente d’honneur de l’association.
16 février 2016, décès de Thérèse Clerc.
A suivre...
Engagement féministe - Nous créons un lieu où les femmes peuvent vieillir libres, actives et solidaires, en tournant le dos au patriarcat et à la « silver économie ».
Autogestion - Nous prenons nos décisions collectivement, par consentement, sans hiérarchie.
Solidarité - Nous prenons soin les unes des autres et refusons l’isolement imposé aux femmes vieillissantes.
Vieillir autrement - Nous revendiquons une vieillesse active, joyeuse et engagée.
Laïcité - Nous sommes ouvertes à toutes, dans le respect de la liberté de conscience de chacune...
Charte de la Maison des Babayagas (Version 27/07/2012 – Mise à jour le 13/02/2022 – Version EEH le 01/01/2023)
I - Cette charte est élaborée par l’association « La Maison des Babayagas » en collaboration avec la Ville de Montreuil et Est Ensemble Habitat dans l’esprit des valeurs fondatrices et statutaires de l’association. Chacune de ces valeurs ayant une importance égale, elles sont écrites dans l’ordre alphabétique.
Autogestion :
Concrètement s’exprime dans la prise en charge individuelle tant sur le plan physique que moral et/ou collective, n’acceptant d’aide extérieure que le moins possible.
➢ Nous gérons notre habitat nous-mêmes.
➢ Les décisions sont prises par consentement (= aucune décision ne peut être prise si l’un des membres y oppose une objection raisonnable), puis par consensus (pour qu’une décision soit prise il faut que tout le monde dise oui) et enfin par vote à la majorité. Et appliquant le principe de l’autogestion, pour toute décision de vote « une voix égale une voix ».
➢ Nous nous appuyons sur la coopération excluant la compétition.
➢ Nous échangeons nos connaissances et apprenons les unes des autres.
➢ Les Babayagas reçoivent, décident et exercent leurs activités communes dans l’espace en rez-de-chaussée (salle 2 et grand jardin).
Citoyenneté :
Nous refusons le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, la lesbophobie, les extrémismes en tous genres, les préjugés de classe, d’âge ou de physique. Nous l’exprimons par notre ouverture sur la cité avec différents partenaires.
Écologie :
Dans notre fonctionnement, nous veillons à une gestion rigoureuse de l’eau, des énergies, des déchets (tri sélectif). Nous impulsons une consommation favorisant l’économie solidaire et le développement durable.
Féminisme :
Nous sommes féministes et luttons contre l’oppression des femmes et pour l’égalité des droits hommes/femmes.
Laïcité :
Nous nous inspirons de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’État., Titre premier, Article premier : La République assure la liberté de conscience. Nous ne tolérerons aucun endoctrinement ou prosélytisme au sein de la résidence.
Solidarité :
Nous organisons la mutualisation de nos moyens. Nous nous entraidons pour les gestes du quotidien, ce qui ne peut remplacer les interventions telles qu’infirmière, médecin, pompiers etc.
Nous proposons à chacune d’apprendre les gestes de premiers secours.
Nous nous aidons à bien vieillir ensemble et à aborder la fin de vie dans la sérénité.
La charte décline les conditions de mise en œuvre de ces valeurs dans le quotidien des personnes âgées habitant La Maison des Babayagas, désignées ci-après par le terme habitantes et développe leurs engagements réciproques.
II- Engagement personnel de chaque habitante
II.1 Chaque personne entre dans La Maison des Babayagas selon sa seule volonté et en pleine connaissance du présent document. Avant d’entrer dans La Maison des Babayagas, l’adhésion théorique et pratique à cette charte est proposée pour signature à chaque habitante.
II.2 Il est recommandé à l’habitante de déclarer à son entrée dans la maison, une ou des personnes de confiance chargées de faire respecter ses directives anticipées.
II.3 Chaque habitante est locataire à titre personnel de son logement vis-à-vis de Est Ensemble Habitat.
II.4 Elle habite son logement personnel selon les règles habituelles d’un contrat de location. Elle pourra laisser, en cas d’urgence, un ou deux doubles de sa clé à La Maison des Babayagas et/ou à la personne de son choix.
II.5 Chaque habitante vit et reçoit dans son logement, selon ses choix et habitudes. Toutefois, il est exclu qu’une personne tierce s’installe à demeure chez une habitante.
II.6 Bien qu’il ne s’agisse aucunement d’une obligation légale ou contractuelle, toute habitante désirant vivre à demeure avec une autre personne s’engage à donner congé de son appartement dans les conditions précitées plus loin en II.8
II.7 Afin de contribuer à la bonne marche de La Maison des Babayagas, selon les valeurs fondatrices énoncées plus haut, chaque habitante fait partie de droit et de devoir aux valeurs de cette charte.
II.8 Si une habitante envisage de quitter définitivement La Maison des Babayagas, elle devra en informer l’association de La Maison des Babayagas en lui envoyant copie de sa lettre de congé, adressée à Est Ensemble Habitat par lettre recommandée.
III. Engagement collectif
III.1 Les habitantes s’engagent à accueillir chaque nouvelle candidate, intégrant le processus et l’entrée dans la maison, selon les valeurs fondatrices énoncées plus haut.
III.2 L’association La Maison des Babayagas se réunira régulièrement. L’ensemble des habitantes est responsable de la bonne marche du lieu.
III.3 Chaque habitante est assurée du respect de ses choix et convictions personnelles.
III.4 L’accès au grand jardin du 6 rue de la Convention est ouvert à l’ensemble des habitantes, sous réserve d’en respecter les horaires et son fonctionnement collectif.
III.5 Les frictions inhérentes à la vie en commun pouvant être préjudiciables à la solidarité entre les habitantes, comme à leur engagement de vie citoyenne, il est prévu une intervention qui peut prendre deux formes :
➢ Choix d’une résolution par les parties elles-mêmes
➢ Intervention d’une médiation qui pourra aider à démêler les causes du conflit pour permettre sa résolution
III.6 En cas d’altération des capacités d’une habitante la personne de confiance sera alertée.
III.7 Dans le cas d’une extrême altération de la santé d’une habitante qui ne permettrait plus l’engagement de maintien dans les lieux, tout changement de résidence de cette habitante se fera entre la famille et/ou sa personne de confiance.
III.8 Les habitantes pourront, si elles le souhaitent, rester en relation régulière avec la personne ayant quitté la maison pour l’accompagner et maintenir l’engagement moral auquel cette présente charte engage.
III.9 L’aspect résidentiel et l’aspect activités (y compris celles ouvertes sur l’extérieur), sont complémentaires et fondent le projet de la Maison des Babayagas. Les habitantes souscrivent à cette globalité et s’engagent à en préserver l’unité.
III.10 En cas de différend important avec une habitante, et si la mise en œuvre des procédures de régulation prévues, notamment à l’article III.5, n’ont eu aucun effet, Est Ensemble Habitat en sera informé et pourra envisager toutes les suites possibles.
IV. Engagements de Est Ensemble Habitat
IV. 1 Dans le cas de sa gestion de proximité, Est Ensemble Habitat désignera des interlocuteurs/interlocutrices référent.e.s au sein de son agence Centre-ville : la/le responsable d’agence étant un binôme, composé d’un.e chargé.e de gestion locative et d’un.e responsable de secteur, auxquels pourront faire appel (et éventuellement en urgence), des habitantes.
IV. 2 Est Ensemble Habitat adaptera sa démarche de concertation locative en mettant en place un dispositif spécifique consistant à rencontrer trimestriellement l’ensemble des habitantes sur la base d’un ordre du jour établi d’un commun accord.
IV. 3 La concertation entre Est Ensemble Habitat, l’ensemble des Habitantes et une association de défense des locataires portera, notamment, sur les points suivants :
➢ Etablissement, évolution et gestion du règlement intérieur
➢ Entretien des parties communes et charges locatives
➢ Incidences éventuelles de la perte d’autonomie en termes de travaux, de
services et de relogements éventuels.
➢ Gestion des situations contentieuses
IV.4 En cas de départ d’une des habitantes, Est Ensemble Habitat s’engage à attribuer le logement vacant en mettant en œuvre les dispositions indiquées par la convention tripartite signé entre l’association, la Ville de Montreuil et l’OPH Montreuillois le 10/11/2017.
1. L’accueil des nouvelles ; l’adhésion aux valeurs de la maison, faire des actions ensemble.
L’accueil qui se limite à échanger peu de fois avant l’entrée d’une nouvelle personne s’avère très aléatoire. Les nouvelles personnes sont parfois dans une situation si précaire qu’elles peuvent avoir bien appris leur leçon, se montrer bien adaptées à nos valeurs, et malheureusement se montrer être à l’inverse de ce qu’elles nous ont montré (extrême droite, anti féministe...)
Nous avons donc envisagé de connaitre les nouvelles personnes dans l’action, participer au jardin, aux babatagueuses et autres activités de la maison, aux discussions sur le vieillissement et autre. On se connait mieux dans l’action. C’est très important, les femmes restent ici parfois longtemps, et cela peut être très nocif pour le groupe d’accueillir sur femme qui n’a pas du tout nos valeurs.
Il pourrait être envisagé de les accueillir sur 2 Mois en ateliers et repas partagé, faire le point et voir s’il est opportun de rester. Il y a sûrement d’autres façons de faire. Nous pouvons en discuter, y réfléchir pour améliorer une situation qui ne nous satisfait pas pour l’instant. Il faut aussi tenir compte de la façon de faire de Est Ensemble. Nous proposons des femmes, ils en proposent d’autres.
2. Penser et agir sur le vieillissement.
La plupart des femmes sont autonomes, accompagnées par d’autres femmes proches, partageant des activités et accompagnées si elles sont malades. Cela devient plus compliqué lorsque l’une d’entre nous a une maladie dégénérative. Nous ne pouvons pas tout faire, la famille non plus, dans l’acceptation de la maladie, qui n’est pas toujours facile. Nous sommes dans une démarche d’habitat inclusif : une personne tierce pourrait les accompagner, retardant la rentrée en Ephad, voire n’y allant pas. Cette personne pourrait aussi organiser des activités pour les autres femmes si elles le veulent. Nous ne serons obligées en rien.
3. Comment gérer les réunions et les actions
L’association des Babagayas est à présent gérée en collégiale : chaque point de vue est examiné, et les décisions sont prises par consentement, c'est-à-dire qu’il y a discussion jusqu’à un accord.
(Cf. Le Règlement intérieur de l’Association :
PROCESSUS DE CONSENTEMENT - Article 5 : Déroulement d'une décision en réunion.
Toute proposition suit cinq étapes : 1 Présentation : la personne porteuse expose la proposition succinctement. 2 Clarifications : questions factuelles uniquement — pas de débat à cette étape. 3 Tour de réaction : chaque membre exprime brièvement son ressenti ou ses préoccupations. 4 Amendements : la proposition peut être ajustée avec l'accord de sa porteuse. 5 Tour de consentement : chaque membre exprime son consentement ou formuleune objection raisonnée. Si aucune objection : décision adoptée. En cas d'objection persistante malgré les amendements, la décision est soumise au vote à la majorité simple (cf. art. 9.2 des statuts). Toute membre peut demander un « temps mort » à tout moment.
Article 6 Consentement hors réunion : Pour les décisions urgentes ou de faible enjeu, une proposition peut être soumise par voie écrite (courriel ou espace partagé). Conditions : – Délai de réponse minimum : 3 jours ouvrés. – L'absence de réponse dans ce délai vaut consentement tacite. – Toute objection raisonnée dans ce délai suspend la procédure et entraîne la convocation d'une réunion.– La décision est consignée au registre et communiquée à toutes les membres actives.
Les actions s’en suivent, parfois, il y a une professionnelle qui nous guide, parfois, nous gérons nous même nos actions. Il y a deux portes-paroles qui vont parler avec les institutions, vont faire un retour aux autres des réunions.
4. Comment encourager et préserver notre autonomie ?
Le corps : en prendre soin : proposer des ateliers et rencontres adaptés ?
Se réunir pour parler de l’autonomie, voir où en sont chacune des femmes : que pouvons-
nous faire par nous mêmes ? De quelle aide pourrions-nous avoir besoin ?
Avoir des projets, et s’organiser pour les faire.